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La Famille
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La Famille
Hilaire Vériquin sort de son isolement volontaire aujourd'hui, après plusieurs mois de réclusion dans sa propre maison. Les quatre jours qu'il a passé à faire la navette entre le palais de justice et la prison après son arrestation, constamment menotté, les pieds enchaînés, transporté comme du bétail dans un fourgon cellulaire, puis fouillé entre chaque déplacement, parfois même à nu, ont gravement ébranlé son équilibre mental. Heureusement pour Hilaire, Noémie s'est battue bec et ongles afin de le faire disculper, après avoir appris de Chuck Canada le simple rôle de marionnette qu'avait joué l'innocent chauffeur de taxi dans cette mésaventure entièrement planifiée à partir de l'étranger par Jones Brooklyn. Hilaire Vériquin restera à jamais traumatisé par son incarcération au centre de détention de Rivière-des-Prairies. Son premier coup de téléphone à Tatie Monique après deux jours d'emprisonnement donne une idée de ses préoccupations durant son bref séjour entre les murs de cet établissement.
- Vend nos voitures, Mamone. Débarasse-nous des outils inutiles entassés dans la remise et prend une nouvelle hypothèque sur la maison. Fais tout ce qu'y faudra pour me dégoter un bon avocat. Choisis un homme, un vieux, un type bien habillé qui ne fume pas. Je veux pas de femme, ni d'immigrant avec un accent, et surtout pas une recrue qui vient de passer le barreau. Assure-toi que notre homme ait lui-même l'air d'un juge et ne soit pas haïtien ni un membre de notre famille élargie.
- J'ai déjà contacté maître Bérubé-Castonguay. Il te représentera lors de ta prochaine comparution en cour jeudi. Quel stress pour toi, Lèlè. Il faut prier, oui, Lèlè, si tu veux survivre à cette mésaventure orchestrée par les complices de Lucifer. L'Éternel est mon Berger.
- Une chance que j'ai du gras en réserve, Mamone, mon coeur. Je n'ai absolument rien bouffé depuis quarante-huit heures. Il te serve un déjeuner indigeste le matin, puis vers seize heures, deux tranches de pain blanc avec un morceau de fromage infect qui pourrait servir de colle à joints dans une salle de bain. Pour ce qui est de m'aventurer dans les douches. Les histoires sur ce qui risque de m'arriver la-dedans feraient frémir Louis-Jean Beaugé. Y m'ont placé dans une zone appelé, « la Protect », un secteur réservé aux délateurs, aux débiles légers et aux violeurs. Un de mes compagnons de cellule prétend qu'il purge du temps compté en double pour s'être introduit par effraction chez son ex-femme à bord de son camion remorque.
- Je ne comprends pas.
- Justement, Mamone, y a rien à comprendre, c'est exactement pour ça qu'y est enfermé. Ce type a utilisé un douze roues de 20 tonnes pour entrer dans le salon de son ancienne maison. Y voulait priver son ex-conjointe d'un toit pour recevoir son nouvel amant. Je préserve tes oreilles des salades que m'a racontées son confrère. Pour te donner une idée de sa condition mentale, l'homme commence chaque phrase par : « Tu vas penser que j'suis fou, mais… »
- Es-tu en sécurité là-bas, Lélè, parviens-tu au moins à dormir la nuit ?
- Y a deux lits superposés, mais on est trois. Je passe des nuits blanches sur un matelas mince comme une galette à même le plancher. Je dois raccrocher. La brute qui attend après moi pour utiliser le seul téléphone fonctionnel est la même bête qui décide du poste de télévision en tout temps. Je veux pas l'avoir sur mon dos ou provoquer un incident.
Hilaire Vériquin a appris la bonne nouvelle hier matin, Burns Breton a finalement été extradé. Tant que ce sinistre individu demeurait au Canada, Hilaire craignait pour sa sécurité. Ce que Breton, connu dans le milieu sous le nom de Monsieur B., a fait subir aux employés de ce motel est l'oeuvre d'un esprit irrémédiablement dérangé. Georgelina attend son oncle dans le stationnement de la prison au volant de la Malibu de Minerva en compagnie de sa mère, d'Emerson Fournier et de Tatie Monique. Nous sommes dimanche, la journée des tams-tams au pied du Mont-Royal. Hilaire a grand besoin de soleil et de se défouler. Il faudra maintenant le convaincre de se laisser aller et de danser pour oublier.
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Le SSG a officiellement mis un terme à toutes ses activités illicites. Le commandant Bilodeau avait promis à Tit Ronnie Costco de fermer les yeux sur les infractions mineures antérieures du clan en échange de noms et de renseignements pertinents sur des trafiquants plus importants. Cette promesse n'a pu être tenue pour des raisons déontologiques. Tit Ronnie Costco bénéficiait d'une libération conditionnelle accordée au tiers de sa dernière sentence. Cette mesure de réinsertion sociale a automatiquement été révoquée par un juge, dès que le procureur a informé celui-ci de la nature des nouveaux crimes reprochés à ce récidiviste invétéré. Le chef par intérim du SSG a donc été renvoyé au Centre de Détention de Montréal, communément appelé Bordeaux Beach par ses habitués, afin de terminer les deux tiers restant de sa peine. Son procès débutera dans trois mois. La Couronne accuse Tit Ronnie Costco, Wilmer Alderman Gascon de son vrai nom, de possession de drogue, de port d'arme dans un dessein dangereux, d'usage négligent d'une arme à feu, d'agression armée, de vandalisme, ainsi que d'un nombre impressionnant de charges pratiquement indéfendables, plusieurs de ces gestes ayant été filmés.
Lorsque Gunja Spliff et Jedi sont arrivés à leur tour dans cette aile de l'Établissement de Détention de Montréal, un secteur de la prison entièrement contrôlé par leurs parrains du centre-ville de Montréal, ils ont été accueillis en véritables héros. La fête de bienvenue a duré trente heures. Gunja Spliff a admis, suite à deux épisodes hallucinatoires avec délire de persécution, que la qualité du cannabis à l'intérieur des murs dépassait de loin la merde contaminée aux produits chimiques qui se vendait à l'extérieur. De son côté, Jedi, a très mal pris son incarcération, lui qui venait selon ses dires de rencontrer l'âme sœur. Il est maintenant plongé dans une profonde déprime. Dès son arrivée en milieu carcéral, Jedi s'est isolé de ses camarades. Il a très vite commencé à consommer des amphétamines et a adopté un comportement auto-destructeur, allant parfois jusqu'à se priver de sommeil et de nourriture des jours durant. Un bon matin, les prières de sa mère à Saint-Jude ont été exaucées. Jedi a soudainement repris ses esprits quinze minutes après que Ace, un ancien membre du SSG, lui ait confié que Tit Ronnie Costco offrait désormais des fellations complètes dans l'aile voisine afin de subvenir à ses besoins insatiables en stupéfiants. Jedi a cessé de jouer avec sa santé au même moment, son cerveau figé sur l'adjectif complètes qu'il venait d'entendre. Jedi a ensuite entrepris de participer aux réunions et aux débats d'un groupe de détenus toujours soignés, respectueux, organisés et solidaires, tous croyants monothéistes et visités régulièrement par les membres de leur famille. Gunja Spliff a choisi une méthode moins spirituelle pour surmonter son désespoir. Il a demandé à Ace de lui fixer une audience avec le président du secteur. Le surlendemain, il poignardait un détenu en retard sur ses dettes pour le compte de son nouveau patron. Gunja Spliff gagna ainsi le respect de ses pairs et obtenu pour ses services assez de cigarettes et de marijuana pour démarrer sa propre petite entreprise.
Les éléments du SSG demeurés fidèles à Chuck Trois-Frères ont choisi de s'assagir afin de conserver leur liberté. Ils ont pour l'instant échappé à la justice suite à la fusillade du Chemin Chambly, malgré la persévérance et la détermination des détectives responsables de cette affaire qui a fait les manchettes nationales. Préoccupés par de nouveaux dossiers et voyant le SSG devenir pratiquement inactif, ces enquêteurs ont fini par laisser respirer le gang tout en continuant d'amasser des preuves contre eux. Les gars ont compris que le temps était venu de se séparer. Big Moose travaille maintenant sous une fausse identité comme gardien de sécurité dans un centre d'achat de la Rive-Sud. La paye est bonne et personne ne chronomètre son heure de dîner. Quatre agents ont plus d'ancienneté que lui, mais le privilège réservé au doyen d'obtenir la garde du passe-partout est à portée de main. Le vieux Fernand Pas de Dents prend d'ailleurs sa retraite l'été prochain ; Roland du Lac Saint-Jean parle de s'acheter une ferme près de Saint-Lin ; Cassandra Ongles et Mascara veut à tout prix avoir un bébé ; enfin, depuis qu'il a ramoné Despina La Fine Fine dans les toilettes du premier, celle-ci se comporte et se considère tout comme sa fiancée, même si les relations intimes au sein de l'équipe de surveillance ne sont pas tolérées. Big Moose est extrêmement patient, vestige de son parcours d'enfant unique et de sa passion pour les mathématiques, les casses-têtes et le jeu d'échecs. Fernand Pas de Dents veut quitter le Québec pour un endroit plus sec comme l'Arizona ou Vegas ; Roland du lac Saint-Jean aspire à créer son propre fromage; Cassandra Ongles et Mascara travaille avec son gynéco, ses traitements hormonaux et son mec; enfin, Despina La Fine Fine lui promet tout le support nécessaire pour réussir son ambitieux projet de cambriolage à l'interne. La plus grande bijouterie du centre commercial vient de renouveler son inventaire et de confirmer la prolongation de son bail. Dès que la clé passe-partout est confiée à Despina La Fine Fine, Big Moose disparaîtra tout simplement avec le stock du magasin.
Ricardo termine sa deuxième session en techniques administratives au Cégep de Rosemont, cela grâce aux encouragements de Miron, un ancien associé du SSG rentré d'un séjour en Haïti totalement transformé. Après ses études, Ricardo compte ouvrir une chaîne de fast-food créole spécialisée dans la pintade frite aux ananas, avec un budget publicitaire, des spéciaux du mardi, des rabais étudiants et tout le bataclan. Miron est maintenant marié et pasteur auxiliaire dans un petit temple adventiste de Montréal-Nord. Sa luxueuse Lexus est d'après lui une preuve flagrante que l'Éternel des Armées l'a sauvé et désire le voir rouler dans l'or. Miron a donné des nouvelles de Jeff Sprinter et de Jim Falafel à Ricardo. Les deux magouilleurs ont trouvé le moyen de revenir au Québec grâce à leurs contacts dans le Port de Montréal. Sprinter bosse comme assistant-gérant du casse-croûte de sa tante, Annabelle, dans le quartier Saint-Michel ; Falafel transporte des personnes âgées ou à mobilité réduites dans un autocar adapté. Ils sont aussi copropriétaires d'une serre hydroponique non enregistrée, installée dans le sous-sol d'un bungalow de Brossard sans l'accord de son propriétaire.
Drive-by a lui aussi quitté la Rive-Sud pour s'installer dans l'ouest de la métropole. Il partage son temps entre un job de coiffeur le jour et la livraison de mets italiens le soir. Un client sur cinq qui commande de la pizza passé 22 heures lui achète de la mari ou lui demande de leur en trouver à tout prix. Depuis qu'il ne fait plus partie d'une association de malfaiteurs, les symptômes d'urticaire de Drive-by ont graduellement disparu. Il donne maintenant son vrai nom sans y être obligé et ne regarde plus constamment derrière lui lorsqu'il marche dans la rue la nuit. La santé de Paolo itou s'est grandement améliorée. Ses crises d'angoisse se font plus rares et il dort beaucoup mieux depuis qu'il travaille comme taxi pour le compte de son oncle Hilaire. Ce dernier lui fournit la voiture et le permis. Paolo croyait réellement pouvoir mener une vie honnête, comme ses personnages de téléromans préférés. C'était avant d'apprendre qu'il devait obligatoirement payer des taxes à deux ministres des finances à la fin de chaque année fiscale. Paolo utilise désormais son véhicule de travail pour voyager des escortes aux quatre coins de la ville contre un pourcentage de leur revenu. Sous le coup de minuit, Paolo devient fournisseur de vins et de spiritueux, d'abord à un prix élevé mais tout à fait négociable avant trois heures du matin ; puis à un prix carrément indécent, frisant l'absurdité, l'avarice maladive et tout bonnement une absence totale de simple bon sens, quand toutes les boîtes de nuits ferment leurs portes.
Anaïs a elle aussi choisi de déménager de Longueuil et de s'installer à Roxboro, dans l'ouest de la ville. Elle danse maintenant nue dans un établissement ou les contacts sont permis et encouragés par le gérant. Quand Anaïs fréquentait Tit Ronnie Costco, ce dernier refusait de l'inscrire dans ce genre de cabaret à cause du danger d'être agressée ou kidnappée, prétendait-il, mais il lui prélevait tout de même une taxe dignes des temps féodaux contre une protection qu'elle n'avait aucunement besoin. Désormais maîtresse d'elle-même, l'argent d'Anaïs s'accumule à un rythme étourdissant. Un client régulier lui a payé une voiture hybride neuve, un étudiant étranger africain, fils de ministre, l'habille régulièrement dans les boutiques de la rue Sherbrooke Ouest ; plusieurs autres courtisans la couvrent de bijoux, de cadeaux ou d'offres pour une chirurgie de son choix. Ils obtiennent en échange le privilège de pouvoir fourrer leur nez comme bon leur semble entre ses gros lolos. Anaïs estime que dans cinq ans tout au plus, elle aura amassé assez de pognon pour ouvrir un salon de beauté ultramoderne en plein centre-ville, un rêve qu'elle a toujours choyé. Sa cousine Florence a opté pour un avenir plus cérébral et moins physique. Elle a d'abord terminé son secondaire 5, puis est entrée au Cégep. Elle vient d'être acceptée en soins infirmiers à Maisonneuve. Florence compte poursuivre des études universitaires et compléter une maîtrise en coopération internationale, cela afin de fonder sa propre ONG afin d'aller donner un coup de main sur le terrain à ses compatriotes haïtiens.
Candy a survécu à une overdose. Elle vient de terminer une thérapie comportementale de six mois dans une maison de sevrage et de désintoxication basée dans les Laurentides. Aussitôt cet objectif atteint, Candy s'est jointe à l'équipe d'intervenants du centre pour leur donner son support afin de subvenir aux besoins des résidents indociles ou atteints de troubles psychiques. Candy ressemblait à un squelette à son arrivée par ambulance au centre. C'est à peine si elle a prononcé dix phrases complètes dans les premiers jours du programme. Candy était aussi très agressive et prompt à la contestation. Aujourd'hui bien en chair, elle marche la tête haute, toujours souriante et ouverte à la négociation. Le médecin vient de lui annoncer que le virus de l'hépatite C n'est plus détectable dans son sang. Ce tueur silencieux ne menace désormais plus ses plans. Candy ira donc de l'avant avec son désir d'étudier en toxicomanie à l'université dans le but de travailler un jour dans ce milieu où elle s'est découverte des forces et des qualités longtemps sous-estimées. Les anciens du SSG la croit morte. Candy voit en cela une bonne chose, car elle ne s'est jamais sentie aussi libre et en sécurité. Lorsque Big Moose et la bande se sont pointés avec Murder One Villacampa au bungalow de Saint-Basile-le-Grand, à la recherche de l'argent de Chuck qu'ils savaient maintenant enfouis dans le coussin d'un fauteuil La-Z-Boy, les pompiers combattaient toujours les flammes, la police en uniforme comme en civil bloquaient les rues, recherchaient des indices et installaient du ruban jaune un peu partout. Drive-by et Ricardo ont profité du désordre pour questionner des curieux et des témoins de l'incident. Le dépanneur du coin leur a raconté que la maison avait carrément explosé pendant qu'un policier tentait de forcer une fenêtre du premier. Bravant le feu et la chaleur infernale, l'agent est tout de même entré dans la résidence pour aller secourir une jeune femme inconsciente. Des ambulanciers et pas moins de trois camions de pompiers sont arrivés sur les lieux dans les minutes suivantes. Paolo a entraîné le reste de la bande dans une virée stratégique entre McMasterville, Mont Saint-Hilaire et Ottenburn Park, question de donner le temps à la police scientifique de terminer son travail et de sécuriser les lieux. Ils sont revenus en pleine nuit le surlendemain et ont investi les décombres de la maison incendiée. Les murs du studio de musique de Chuck Canada étant à l'épreuve du feu, ils ont trouvé le fauteuil inclinable qu'ils cherchaient en bonne condition, mais l'absence du coussin leur a fait réaliser qu'une personne au courant de sa grande valeur était passé avant eux.
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Ulysse-Hercule Dondedieu Légitime vit maintenant sans compromis et sans vergogne au sein de sa véritable famille. Son incarcération a eu un effet bénéfique sur sa santé et son équilibre socio-affectif. Il ne se considère pas complètement guéri, mais ses troubles obsessionnels-compulsifs envahissent beaucoup moins son quotidien et ses relations interpersonnelles. C'est en voulant échapper aux pernicieux disciples des Lethal Irish de la prison de Cook County, déterminés à le trucider pour se bâtir une réputation de va-t-en-guerre auprès des puissants frères Carrigan, que Ulysse-Hercule s'est retrouvé en thérapie pour trouble du comportement et abus de médicaments d'ordonnance. Accepter de passer à travers ce cheminement difficile a eu pour conclusion de lui sauver la vie. Quoique fuir le groupe d'entraide lui est fréquemment passé par l'esprit au début. Notamment lorsque monsieur Topolánek, le moniteur en chef, lui a demandé de serrer Humphrey, dit le putois, dans ses bras, parce que ce dur à cuire, père de douze enfants en bas âge de trois mères différentes, pleurait à la fin de chacun de ses témoignages. Ulysse-Hercule a carrément déserté le local de réunion lors du test de la confiance ; exercice qui consistait en gros à se laisser tomber vers l'arrière, bras croisés, en comptant sur son partenaire pour être attrapé avant de heurter le sol. Les premiers signes d'amélioration sur la maîtrise de ses nombreuses manies se sont manifestées assez tôt dans le processus thérapeutique, notamment grâce aux ateliers de peinture à l'aquarelle. Ulysse-Hercule portait tout d'abord des gants en latex et un bandana en guise de masque avant de procéder à la transposition de ses inquiétudes sur le canevas. Avec le temps et les compliments répétés sur l'étendue de ses talents, les gants sont finalement tombés, ses doigts ont fini par accepter d'être souillés. Quelque temps plus tard, Ulysse-Hercule se surprenait en allant se coucher directement après le cours, sans passer par la douche et ses interminables séances de savonnage maladif.
L'aîné de la famille Légitime répond désormais au nom de Benedict Bert Lambert. Depuis qu'il fait partie du Programme fédéral de protection des témoins des États-Unis, monsieur Lambert a très peu de contacts avec ses voisins et compte peu d'amis. La mère de ses enfants a d'abord refusé de le suivre dans cette nouvelle vie clandestine pavée de mensonges. C'était avant de signer des arrangements pré-nuptiaux exceptionnels lui garantissant la moitié des avoirs de Benedict Bert Lambert dans l'éventualité d'une séparation. Bérénice répond dorénavant au prénom de Maxine. Elle gère un centre de villégiature pour une clientèle de retraités aisés dans une région désertique qui affiche deux cent dix-neuf jours d'ensoleillement par année. Son fils Clyde habite maintenant le quartier de Southall, dans la banlieue ouest de Londres, où il suit une formation intensive afin de devenir imam. Il garde pour l'instant son nom de naissance, mais ses coreligionnaires le surnomment amicalement El-Hadji. Clyde en a toujours voulu à son père absent. Le fait qu'il soit maintenant un ex-taulard vivant dans le mensonge facilite et justifie son désir de le fuir indéfiniment.
Armandine a longtemps hésité entre Charizma, Treasure, Peach et Cherisha. Sa mère l'a convaincue d'opter pour la sobriété de Kate. Kate regrette la perte de son cercle social, mais elle embrasse avec enthousiasme l'opportunité de pouvoir fréquenter l'université de son choix pour y étudier la médecine ou ce que bon lui semblera, sans plus jamais avoir à se faire du mauvais sang pour se taper des notes parfaites. Avec les moyens financiers de Benedict Bert Lambert, ce nouveau père à la mode qui trouve le temps de l'écouter et de partager ses émotions, même le doyen de Harvard devra lui faire des courbettes et cirer ses souliers au besoin. De son côté, Tom-Tom n'a rien compris des explications que lui ont donné ses parents. Par mesure de précaution, ceux-ci l'ont inscrit dans un pensionnat près de Neuchâtel en Suisse, en attendant qu'il mûrisse assez et saisisse l'importance de ce changement d'identité.
En lui montrant son certificat de décès, le FBI a annoncé à Ulysse-Hercule qu'il devait couper tous les liens avec le clan Légitime. Malgré les risques, il s'arrange quand même pour revoir son frère Achille-Hector, devenu membre d'un mouvement restaurationniste, au cours de congrès organisés entre autres par les Témoins de Jéhovah aux quatre coins du globe. Il se rend aussi régulièrement au bureau du notaire Philbert Hans-Orville Grosbois Sr. pour retirer des sommes d'argent supplémentaire de sa part d'héritage et obtenir des conseils de l'homme de loi retraité. Ulysse-Hercule rencontre aussi sa petite sœur à l'occasion, en se faisant passer pour un machiniste ou un éclairagiste de la régie de sa boîte de production cinématographique. Il va jusqu'à passer un peu de temps avec sa vieille maman lors de ses visites chez le docteur Stewart ; rendez-vous au cours desquels Eudoxie ne manque jamais de faire renouveler sa prescription de chanvre récréatif. Enfin, Ulysse-Hercule coudoie et trinque avec Oncle Quick lors des réunions du conseil d'administration de Aaronson Autoparts, une filiale de la société Aaronson Solidaire Automotives, anciennement Legitimus Automotives, désormais la propriété d'Edmondine Belhumeur.
L'ex-doyenne des brus de Sixte-Osmer Légitime a récolté le gros lot suite à son divorce d'Ulysse-Hercule. En plus de lui permettre d'empocher la moitié du patrimoine familial, ses avocats sont parvenus à la mettre aux commandes des nombreuses entreprises de son ex-conjoint, logiquement incapables de fonctionner sous les directives d'un PDG considéré par l'IRS comme décédé. Edmondine se porte à merveille depuis, sa dépression, ses migraines incapacitantes et ses douleurs musculaires chroniques étant choses du passé. Elle ne cache plus à personne sa relation amoureuse avec son fidèle Guillermo. Après une décennie de cache-cache et de vexations sous l'autorité de son insupportable patron, la patience du majordome mexicain sans papiers a fini par payer. Il sera bientôt naturalisé et recevra enfin son certificat en anglais langue seconde du collège communautaire Harold Washington de Chicago.
Résolue dans son désir de réparer les pots cassés et de redresser les injustices commises par son ex-époux, Edmondine Belhumeur a remué ciel et terre afin de retrouver Meredith O'Reilly, la secrétaire engrossée par Ulysse-Hercule, se sentant en quelque sorte liée au destin de cet enfant qu'elle aurait voulu sienne. Edmondine s'attendait au pire en retraçant Meredith. L'idée d'impliquer les services sociaux du comté lui avait même effleuré l'esprit, compte tenu de l'âge, de la précarité financière de la jeune femme et de son entourage immédiat peu recommandable. Edmondine ne s'inquiète plus. Meredith a fondé une garderie éducative à Bridgeport, dans le Connecticut. Ses revenus dépassent de loin le revenu familial moyen de l'état. Son père habite à deux coins de rue. Il travaille comme concierge dans son établissement pré-scolaire. Keenan Quinn O'Reilly adore tellement son petit-fils que la psychologue a mis Meredith en garde contre les effets néfastes du dorlotage excessif et de la surprotection parentale.
Achille-Hector Donduciel Légitime a lui aussi changé sa façon d'aborder la vie, sans toutefois troquer de nom. Après plusieurs séances chez un thérapeute New-Yorkais de l'école jungienne, il a finalement compris pourquoi et comment l'appât du gain avait contribué à provoquer sa rechute brutale dans l'alcool, les drogues et le nihilisme. Ce qu'il a fait subir à Pedro Alvarez dans le but ultime de lui subtiliser sa fortune a détruit une partie de son humanité, le rendant incapable de se tolérer lui-même. Achille-Hector a donc dû s'inventer une rhétorique solide pour nier l'existence de Dieu, infantiliser la religion et finalement justifier son retour vers l'athéisme radical. Il s'est par contre très vite ennuyé de la chaleur de la congrégation baptiste et de son statut de superstar auprès des fidèles de la New Baptist Golgotha Church. L'errance spirituelle a tout d'abord conduit Achille-Hector vers Kant, la métaphysique, le rationalisme et l'empirisme, puis ultimement vers le bouddhisme, le jaïnisme et le taoïsme, après un bref détour dans la philosophie indienne et une virée pleine de rebondissements et de surprises dans le monde des marabouts africains.
Un ancien détenu qu'il avait jadis aidé dans sa réinsertion sociale a introduit Achille-Hector au panafricanisme et aux principes de l'organisation politique, Nation de l'Islam. Leur discipline, leur apparence élégante, leur volubilité et cette confiance en soi capable d'abattre un mur de béton armé lui a plu, mais le militantisme excessif de certains de ses membres a fortement contrarié Achille-Hector. Il lui semblaient aussi que ces nouveaux compagnons travaillaient trop fort pour très peu et se levaient très tôt pour trop peu. Une autre connaissance a parlé de Moroni, de John Smith et du Livre des Mormons à Achille-Hector, ce qui lui a carrément foutu la frousse, car ce type était aussi propriétaire d'une armurerie et d'une salle de quilles fréquentés par des vétérans de la U.S. Navy et des motards criminalisés. Puis un beau jour, deux jeunes hommes en chemises courtes ont sonné à la porte d'Achille-Hector et lui ont simplement demandé s'il connaissait le véritable nom de Dieu. Achille-Hector s'est mis à étudier la Bible avec eux contre la volonté de sa femme, puis un bon matin, il a décidé de se faire baptiser chez les Témoins de Jehovah. Mildred croit que son mari reviendra chez les Baptistes quand ses nouveaux frères et sœurs découvriront sa valeur en argent ou qu'il commencera à poser des questions sur les dirigeants du Collège Central et sur les éditeurs de la Tour de Garde. En attendant le retour de la brebis égaré, Mildred continue de fréquenter le temple de la New Golgotha Baptist Church, désormais dirigé par Dudley et frère Odelin, mieux connus dans tout Philadelphie et Camden sous le pseudonyme des Convertible Lincoln Preachers.
Jeanne d'Arc-Victoria Légitime croit que Mildred s'en fait pour rien. D'après elle, son grand frère redeviendra protestant dès qu'il en aura soupé du rythme de vie ennuyant et des rituels monotones des Témoins. Achille-Hector est un bon vivant qui aime trop l'atmosphère festive des kermesses du dimanche au temple de Camden pour ne pas y revenir. De son côté, Jeanne d'Arc-Victoria demeure une catholique modérée. Elle ne trouve jamais le temps de se rendre à l'église, mais sait à qui s'adresser lorsqu'elle a peur. Son association avec Junior Grosbois a failli lui coûter sept ans de pénitencier. Victoria s'est donc subitement remémorée plusieurs prières apprises à l'école des Soeurs Franciscaines, quand son avocat lui a énuméré les chefs d'accusations retenus contre elle par la justice californienne. Ses supplications ont été entendues, un miracle s'est produit. Moïse Berri est intervenu pour forcer Junior Grosbois à prendre tout le blâme sur son dos. Jeanne d'Arc-Victoria a fini par apprendre, des mois plus tard, que Junior avait agi ainsi pour sauver son petit cul. Un contrat avait été mis sur sa tête par un gang de motards criminalisé et la prison fédérale de Terminal Island était devenu le seul endroit sécuritaire pour sa personne.
Jeanne d'Arc-Victoria se remet tranquillement du choc qu'elle a subi en apprenant le retour à la vie de sa cousine Evelyne dans la peau d'un caucasien excentrique. L'idée de produire un film sur son parcours exceptionnel bat son chemin. Victoria a déjà contacté Tyler Perry, Ellen Degeneres et Oprah pour financer son projet. Le vieux docteur Stewart était seul au courant de la transformation d'Evelyne-Laure Légitime. C'est lui-même qui avait recommandé le docteur Rachel D. Eisner. Le secret professionnel lui imposait un bâillon qu'il avait accepté de respecter sans trop poser de questions à la chirurgienne responsable de ce processus de réattribution sexuelle.
La réunion familiale prévu le mois prochain au Mont-Tremblant sera l'occasion pour tous d'assister à la résurrection d'Evelyne-Laure ainsi qu'à son baptême, car il profitera de l'événement pour dévoiler son nouveau prénom.
Déodas-Démosthène Légitime n'a jamais semblé aussi heureux et fier, lui qui croyait depuis trop longtemps sa fille unique et son âme perdues. Découvrir qu'Evelyne-Laure avait toujours été son fameux complice invisible depuis le début de cette aventure au sein de la Fondation Zanmi d'Haïti l'a complètement renversé. Le pauvre homme était devenu amer et incapable de se regarder dans le mirroir, honteux de ses magouilles constantes opérées dans l'ombre et derrière les rideaux. Déodas comprenait désormais que toutes ses manigances louches orchestrées par son détestable associé, l'insaisissable Moïse Berri, visait en fait à maintenir la prépondérance du bien sur le mal dans les affaires de sa terre natale.
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Selon le World Factbook, Mizérikod n'a jamais réellement existé, mais des gardiens de sécurité de la société militaire privée Academi, postés aux abords de la route Nationale # 2, bloquent la sortie qui mène vers l'allée Capois-la-Mort. Le vacarme continuel provoqué par les marteaux-piqueurs, les dynamitages périodiques, les allées et venues des bulldozers et des foreuses est masqué par une musique bruyante crachée par des hauts-parleurs géants installés le long du chemin et à la cime des arbres. Elzéar Michelet habite désormais à Grand Saline dans une coquette petite maison de pierre reçue en guise de dédommagement par le gouvernement. Mais ceux qui croyaient acheter son silence se sont royalement trompés. Elzéar Michelet raconte à qui veut bien l'entendre le récit chronologique des événements qui ont contribué à l'évacuation forcée des citoyens de Mizérikod une semaine après le passage de l'ouragan Sandy. Maintenant qu'il porte des pantalons, des souliers à sa pointure et des lunettes de prescription, son public le prend beaucoup plus au sérieux. Elzéar Michelet maintient que la destruction de la commune a été filmée. La négation de ces faits majeurs marquants constitue une tromperie de l'état visant à éloigner les curieux et à maintenir la population dans l'ignorance. Pourquoi est-il interdit de survoler la région ou de photographier les équipements et les ouvriers qui vont et viennent dans ces innombrables camions ? demande Elzéar aux gens qui passent devant sa demeure. Comment se fait-il que des étrangers obtiennent l'autorisation de franchir les barrages qui isolent la soit-disante ville fantôme lorsqu'ils brandissent un sauf-conduit signé du Bureau des Mines et de l'Énergie d'Haïti ? Ce sont là des questions sans réponses que le toujours très alerte monsieur Michelet continuent de poser nuit et jour aux passants qui s'aventurent dans les environs du porche de son domicile. Le psychiatre qui lui rend visite le premier lundi de chaque mois trouvent les interrogations d'Elzéar très pertinentes. Le vieux paysan ne parlent plus de ses petits-enfants comme s'ils étaient encore présents, ce qui montre des signes d'amélioration de son état de santé. Pour aider à la cicatrisation de ses peines et l'aider à renouer avec la réalité, Violette Lavache lui a même trouvé un job de fin de semaine. Elzéar travaille comme enseignant auprès des mômes du nouvel orphelinat de monsieur Saint-Saëns et de madame Larouche érigé dans un entrepôt abandonné de la localité de Ça Ira. C'est Cyril Lavache, maintenant retraité de la police, qui s'occupe du transport d'Elzéar Michelet au volant de sa vieille Lincoln. Cyril Lavache, Violette, son petit-fils, Uri et son gendre, Rondall Jérémie, habitent eux aussi Grand Saline dans une maison multigénérationnelle achetée avec la compensation en argent comptant obtenu du gouvernement. Les mauvaises langues allèguent que l'ancien vendeur de riz n'est pas vraiment le mari de Violette, mais bien un zombi condamné à la servir pour une période indéfini. On dit que Rondall Jérémie ne porte jamais de chemise à manches courtes afin de cacher la pompe à perfusion installé dans la veine cubitale de son avant-bras. Ce dispositif faciliterait les injections régulières de la mixtion secrète qui permet de le garder en permanence dans cet état de semi-conscience.
Madame Consuelo a utilisé son indemnisation financière pour ouvrir un restaurant doublé d'une auberge touristique dans la paisible commune de Gressier. Le menu de l'établissement a un caractère international grâce au talent de son chef-cuisinier, Pamphile Dutervil, dit Doudou Kordonblé. La femme de ce dernier, Melissandre Présumé, administre l'établissement et régit l'équipe de maintenance dirigée par Vidal Gascon. Ludovic s'occupe des livraisons et de la vaisselle tout en s'occupant de son entreprise de pâtés qui emploie dorénavant trois cyclistes, dont un motorisé. Il n'est pas rare d'apercevoir Victor Gourdet à la table VIP du restaurant, en train de discuter politique ou de révolution sociale avec une personne qui ignore tout de son ''accident''. L'Hexagone n'édite plus son journal et oublie parfois son propre nom de famille, mais il demeure la principale source d'information orale disponible en ville. Ainsi, les clients réguliers du Consuelo Inn ont récemment appris de sa bouche que Amédée Fleurinor, l'ancien maire de Mizérikod, organisait une loterie intra-murale hebdomadaire hautement truquée au sein de la prison de Croix-des-Bouquets. Son complice, le commissaire Yves-Arnold Malvenu, aurait quant à lui échappé à la justice après le scandale des cercueils remplis de came grâce à la fortune de sa belle-fille, Amélie Lausanne, héritière de la sucrerie Mendes y Calderón depuis la disparition soudaine d'Arcadio Enrique Jesus Mendes. Paraît-t-il que Pyram Malvenu et son père en mèneraient large en République-Dominicaine. Ils seraient les principaux stratèges de l'armée révolutionnaire de Baudelaire Fleurant et figureraient au sommet de la liste des indésirables de la DEA.
Le pasteur Louis Éloïse et Gargarine ont récemment séjourné dans le petit hôtel de madame Consuelo. Père et fils font la navette entre Saint-Marc et Queens. Ils font de l'import-export de sous-vêtements féminins et de rallonges de cheveux synthétiques à partir d'un local qu'ils utilisent aussi comme temple pour prêcher la Bonne Parole à tous les agneaux intéressés qui ont un revenu stable. Ils ont rapporté à l'Hexagone que le juge Campbell conduisait un taxi sans permis sur Flatbush Avenue, dans Brooklyn, et que le sénateur Fleurant serait toujours vivant, pris dans les dédales du système légal américain, toujours incapable de trancher entre son statut d'immigrant illégal ou de réfugié politique.
Les jumeaux Baudouin-Lacroix sont passés rendre visite la semaine dernière. Ils ont réservé la suite de luxe avec vue sur la mer. Madame Consuelo et son personnel n'en croyait pas leurs yeux. Avec les cheveux courts, des souliers fraîchement cirés et des complets bien ajustés, ces deux chenapans ressemblaient désormais à des cadres respectés du gouvernement, des membres honorables et vénérables de la société comme leurs parents et aïeux. Yvon Baudouin a soutenu qu'ils s'étaient recyclés en concessionnaires d'automobiles usagées, mais Yves Lacroix a aussi confié à Ludovic qu'ils exploitaient, sur le côté, le potentiel agricole des terres de leur grand-maman adorée. La vérité est sortie de la bouche de Djon Djon trois jours plus tard durant la célébration du premier anniversaire de la Petit-Goâve Life, leur firme d'assurance générale et de gestion de portefeuille. Selon Guito, les jumeaux font leur argent en organisant des rallyes à motos dans les régions montagneuses de la Grande Anse. L'arnaque marche comme sur des roulettes : Yves commence la course et laisse Yvon la terminer selon les paris. Avec le casque, la sueur et la poussière, il est pratiquement impossible de les différencier au fil d'arrivée.
Le ministère de l'intérieur et la Direction de la Protection Civile soutiennent que Mizérikod est un mythe, et que cette prétendue commune chargée de pétrole et de terres rares n'a jamais figuré sur la carte électorale du département de l'Ouest. Pourtant, ceux qui résident toujours dans cette cité mystérieuse supposément issue d'une fable racontée au hasard par un ivrogne en plein délire savent comment y accéder par bateau ou par la route de Darbonne, chemin constamment surveillé par des vigiles armés jusqu'aux dents et dotés à la limite d'un permis de tuer.
Le siège social de la Fondation Zanmi d'Haïti se trouve toujours à la même adresse. Prospérine de Grâce coordonne les travaux de reconstruction en tant que co-présidente de l'institution. Ses deux frères ayant retrouvés leurs esprits, elle a utilisé de son influence pour les réintégrer dans leurs fonctions : Lordy, auprès du ministère de l'éducation nationale, Léopold, à la direction des ressources humaines de la Fondation. La prochaine réunion entre Prospérine et Evelyne-Laure Légitime aura lieu demain soir au club Kompa Lakay. Evelyne-Laure a trouvé le moyen d'échapper à la police internationale en scénarisant puis en diffusant la mort en direct de Moïse Berri sur le site officiel de la Fondation Zanmi d'Haïti. La vidéo a créé un malaise dans les médias et sur bon nombre de réseaux sociaux avant d'être retiré. DJ Évasion et Rico Mars ont réalisé cet excellent court-métrage de fiction avec très peu de moyens, sinon l'appui de Jones Brooklyn pour la trame sonore et de Chuck Trois-Frères pour le texte. Les deux gangsters n'ont eu d'autre choix que de se réconcilier après avoir été menacé par un haut gradé de la police nationale engagé par Moïse Berri.
Georgelina Vériquin et Noémie Naud sont entrés en Haïti hier soir avec un faux passeport et de nouveaux papiers au nom de Charlemagne Hadrien Christobal afin de permettre à Chuck de quitter le pays et de rentrer chez lui au Québec. Evelyne-Laure était présent quand Georgelina et son grand frère se sont retrouvés pour la première fois depuis trois longues années. Evelyne-Laure a ressenti un pincement au coeur en assistant à la beauté de ce moment de complicité. Georgelina Vériquin a offert un cadeau à Chuck ; une boîte en acajou contenant une douzaine de cigares honduriens. Chuck a crié : « Saint-Basile ? » Sa sœur
lui a renvoyé sur un ton faussement fâché: « Saint-Basile ». Puis tous deux ont éclaté d'un fou rire devant le regard médusé de Noémie Naud.
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